Témoignage d'Alain Trintignac IA-IPR-EVS

Pouvez vous nous dire ce que la CNV vous a fait découvrir, et ce qu’elle vous a apporté ? 

La CNV propose à mon sens une forme alternative de communication avec soi-même et avec les autres, d’une simplicité désarmante et d’une exigence redoutable. Elle offre une grille de « lecture » (écoute/décodage) et « d’écriture » (encodage/expression) imparable, qui remanie totalement le périmètre de notre liberté et de notre responsabilité dans la relation.

Irréductible à la maîtrise technique d’un jeu de langage tout en mettant en évidence la contre productivité de l’utilisation habituelle des ressources de notre langue, elle invite à un « chemin de conscience » difficile. Il consiste à s’affranchir progressivement des attitudes qui réifient, essentialisent l’autre, notamment par notre tendance habituelle à en brosser le portrait figé ou à lui prêter constamment des intentions. La CNV privilégie l’interaction « ici et maintenant » en se gardant de tout préjugé, de toute réduction d’autrui.

Son intention première est la connexion sincère à partir des besoins communs qui rapprochent les hommes, son inspiration profonde est la bienveillance inconditionnelle libérant l'élan naturelle de contribution qui sommeille en chacun. De ces partis pris elle fait une force. Ils ne sont en rien et jamais un aveu de faiblesse.

C’est dire que l’étendue des savoir-faire et savoir-être concernés transcendent largement les clivages habituels des sphères professionnelles et personnelles…

 

En quoi voyez vous que cette approche puisse être au service des intentions éducatives de l’Education Nationale et puisse être un moyen pour répondre à un certain nombre de problématiques actuelles ? 

Dans une école voulue « inclusive », dans laquelle la bienveillance n’est pas envisageable sans l’exigence, où responsabilité individuelle et solidarité coopérative ne peuvent plus être pensées séparément, il me semble que la CNV peut aider les élèves et l’ensemble des acteurs qui les entourent à grandir ensemble. Elle sert la relation inter subjective et le lien social. Elle entend rendre la conflictualité « productive », raccorder explicitement nos pratiques discursives à la reconnaissance de nos émotions et de nos besoins, relier clairement cognition, émotion, attention, motivation et relation dans une approche éducative beaucoup plus globale. Pour ces raisons, elle me semble de nature à servir nos stratégies et ambitions pédagogiques, à actualiser nos représentations de l’apprentissage. Elle peut donc constituer un levier majeur de progrès pour nos élèves, nos personnels, nos collectifs de travail, notre institution.

 

Quel sens voyez vous à ce que les personnels de l’Education Nationale puissent bénéficier de formation à la CNV ?  Que souhaitez-vous mettre en oeuvre là où vous pouvez agir ? 

 De la « gestion de classe » au mangement d’un établissement scolaire jusqu’aux différents niveaux de pilotage du système éducatif, la CNV peut nous aider à réconcilier confiance et obligations hiérarchiques, performance et coopération. Notre service public d’éducation en a aujourd’hui le plus grand besoin, les personnels qui le portent également.

Actuellement en charge d’une mission académique de formation des personnels d’encadrement pédagogique, et convaincu de l’importance du travail de fond qu’il convient de mettre en œuvre pour les accompagner dans leurs missions complexes, j’espère partage à nos autorités de l’urgente nécessité d’introduire une formation à la CNV qui ne manquera pas de faire opportunément « bouger les lignes et les focales » de nos schémas habituels d’ingénierie institutionnelle.

juin 2017 

Alain Trintignac

IA-IPR-EVS

Délégué académique à la formation des personnels d'encadrement